A GRAREM, DIS-MOI A QUOI TU JOUAIS JE TE DIRAIS QUI TU ES
Pas bon ! Cayenne, carreau terre ou keydjak, dikou pas dikou !
C’est quoi ce charabia ? Êtes vous en droit de me demander. Hé bien si vous êtes jeune et si vous n’avez jamais joué aux billes à Grarem vous n’y entraverez que dalle. Moi-même je suis incapable d’en dire plus en matière de formules, incantations, psalmodies ou ensemble de règles lancées à l’adversaire dans une partie de billes. Certains pourtant étaient devenus maîtres dans l’art de jouer aux billes et dans celui de lancer ces véritables cris de guerre pour impressionner l’assistance. Mais il n’y avait pas que les billes qui nous occupaient pour passer les longues journées d’été et oublier les petits creux au ventre par ces temps de disette. D’autres jeux plus accaparants les uns que les autres nous faisaient passer des moments inoubliables. A part les parties de football, il y’avait « khebbiza » ou « essou » fabriqué à base d’un bouquet de la plante appelée « khebbiza » justement, et dont les tiges sont serrées par un élastique au ras des feuilles et le reste coupé, avec ça on jonglait avec le pied ou les deux à la fois en comptant pour le garder le plus longtemps possible face à un adversaire. Plus tard au collège et au lycée à Constantine on a découvert une variante de ce jeu qui porte le même nom mais qui était fabriqué à l’aide d’un morceau de tissu renfermant une poignée de grains de sable. Mais là on ne se contentait pas de jongler, il fallait tirer au but contre l’adversaire qui faisait le gardien contre un mur. « Sekhbaya » ou cache-cache, « Djadja 3oura » ou colin-maillard, « el harbak » qu’on fabriquait à partir de branche de figuier pour un petit pet pas toujours sonore. Les pièges métalliques achetés au souk le jeudi et qu’on tondait aux malheureux «derdrous » en les recouvrant avec de la bonne terre fertile avec un petit ver tout blanc accroché dessus et qu’on trouvait dans les tiges asséchées des plantes appelées « guernina » ou « taoura ». Parfois au lieu du « derdrous » convoité, on n’attrapait que le petit « boufessioua » (rouge-gorge) si menu. « Echeglayba », un autre piége grossier pour les oiseaux, mais avec lequel on n’attrapait jamais rien Le « cerceau » puisé dans les vieux pneus, après les avoir brûlés et qu’on poussait avec une tige de fer assez mince pour être malléable et qu’on courbait au bout. On montait les ânes, qui ne manquaient pas chez nous, sans selle en plus. L’été par les grandes chaleurs, c’est les baignades dans l’oued Rhumel qui n’était pas si pollué et là il y’avait aussi des jeux qui se pratiquaient dans l’eau. Des jeux aquatiques en quelque sorte : je pense ici à « ch3ira » qui se joue en groupe et qui consiste à toucher les cheveux ou la tête de l’adversaire, d’où son nom. D’autres jeux un peu plus prohibés étaient plutôt pratiqués par les bergers ou ceux qui ont eu à garder les troupeaux ou bétail familiaux : « El baht » et « djghila » où on donnait des coup au perdant, « Errechgua » où on plantait des couteaux dans la terre tendre en les faisant tournoyer. Les filles avaient leurs propres jeux tels que « Paradis » ou similaire, « Aourar », le saut à la corde, la jonglerie avec des pelotes tout en chantant et en virevoltant : Souvenez-vous elles disaient : « Paris, Lyon, Marseille », « une bouteille de vin pour monsieur Seguin, une tablette de chocolat pour madame Nicolas, là ou là » ou encore « je joue à ma balle, je joue guitone» qu’est ce que ça veut dire ? Mystère et boule de gomme. C’était juste après l’indépendance, « les bienfaits de la colonisation étaient encore vivaces ». Au printemps c’était les batailles aux orties « Madjita », attention ça pique! Enfin il y’avait une infinité d’autres jeux qui ne me reviennent pas à l’esprit sur le moment, mais ce que je peux dire c’est qu’il n’y avait pas de cyber café alors ou de télévision par satellite, ni de téléphone portable mais il y’avait de l’ambiance.