Si Grarem m'était conté
Dans les années 60, juste après l’indépendance, alors que Grarem se limitait à la trame coloniale constituée par des rues rectilignes, tracées par un géomètre maniaque de l’angle droit et des quartiers spontanés limités à leur plus simple expression, où vivaient quelques familles dans le dénuement le plus total. Paradoxalement tous les espoirs étaient permis. Pensez donc, on vient juste d’avoir l’indépendance et ça suffisait amplement. La chanson de l’époque ne disait-elle pas alors : « sisilfou bezef 3lina » ? Comme équipements publics il y’avait alors : La mairie toujours à l’endroit actuel, la poste occupait les locaux de l’actuel BADR, el mekteb essiassi qu’on n’appelait pas encore Kasma était dans l’ancienne église, l’infirmerie que tout le monde connaît existe toujours dans l’enceinte de l’actuel centre de santé. Une seule école existait à Grarem, avec une autre à Siliana (actuellement Anouche Ali). L’édifice de la gendarmerie, tel qu’il apparaît aujourd’hui, était alors le plus majestueux qui soit. La maison cantonnière des ponts et chaussées, belle petite maison dans la prairie. Le stade n’était qu’un terrain vague à l’endroit occupé aujourd’hui par la minoterie de l’ex SEMPAC, le marché hebdomadaire était à l’endroit du CEM Beleghrib. Derrière la mairie actuelle dans la cour de l’école Grani (école de filles précédemment), il y’avait le bloc qui servait de siége au 2eme bureau de sinistre mémoire et qui était, je ne pense pas que tout le monde le sais maintenant, le premier siége de la mairie à sa création et qui datait de 1890. Ce bloc a été démoli au début des années 90 lors de l’extension de l’école. Il n’en reste que la plate-forme sous laquelle se trouve des geôles souterraines, conservées jusqu’à ce jour, où des choses atroces ont dû se passer durant la guerre de libération. Sur les murs de ces caves des écritures assez artistiques et des dessins ont été tracés par une main inconnue et qui doit plutôt appartenir au bourreau qu’aux victimes. Les moudjahidine pensent le sauvegarder pour en faire un lieu de mémoire.
Ecrire l’histoire récente de Grarem serait une chose passionnante. Comment se sont passés les derniers moments de la colonisation ? Comment s’est effectué le départ des colons ? Comment s’est opérée la transition ? Et comment se sont faites les passations de pouvoir ? Et entre qui ? Comment ont été occupés les bien vacants ? Y’avait-il eu une concertation au préalable ? Et entre qui ? Est ce qu’il y’avait une autorité qui dirigeait les opérations ? Si vous avez des embryons de réponse n’hésitez pas, éclairez nous un peu, parce qu'à cette époque on vivait notre enfance dans l’insouciance totale. Pour nous alors, pourvu que nous puissions trouver de nouveaux numéros de nos bandes dessinées préférées : Blek Le Roc, Zembla, Akim et j’en passe, ou alors nous procurer les 10 ou 20 Douros nécessaires pour voir un film au cinéma de « Berriche » ou « Ben Braham (Kechkar) » qui projetaient des films par alternance un jour sur deux pour chacun, les mercredi on avait l’embarras du choix car il y’avait 2 projections simultanées, DARA SINGH ou STEVE REEVES il faut choisir. En 1969 c’est l’apparition de la télévision à Grarem, mais cela est une autre histoire.
ANCIEN CINEMA KECHKAR _EN AVANT PLAN BADRO NAMOUS