LE CHOUA A GRAREM: AUTANT ON EMPORTE LE VENTRE
La ville de Grarem a toujours eu une certaine célébrité pour ses brochettes. Depuis elle a failli perdre de son aura au profit d’autres endroits où le choua est devenu une spécialité, comme à Hammam Beni Haroun. Mais Grarem qui continue de vivre sur son passé ne s’avoue pas pour autant vaincue. Sa traversée du désert semble être belle et bien terminée.
Ce surnom de ville du choua doit remonter au début du siècle dernier. Grarem avec son marché hebdomadaire situé à l’emplacement actuel du CEM Beleghrib avait une attraction assez disproportionnée par rapport à son statut de petit centre colonial. Les visiteurs du marché et les commerçants ambulants, n’hésitaient pas à succomber aux odeurs alléchantes des brochettes et des frites, confectionnées savamment par ces restaurateurs itinérants qui dressent leurs tentes au milieu du souk. Durant la journée du jeudi, tout le village était alors enveloppé de cette odeur de grillade qui n’est remplacée que tard dans la soirée par une autre, assez caractéristique aux graremiens qui affectionnent le ragoût de viande au couscous, à la chakhchoukha ou à la trida.
Les gargotes étaient alors localisées au centre du village et les noms de Si Mahmoud Ben Kaddour, Belkaidi, Tayeb Ben Ayache étaient les plus connus. Ils sont remplacés actuellement par Boudahi, Bousbia, El Bara, Namir, les héritiers de Cherbi (Allah yarhmou) et bien d’autres.
Les amateurs de brochettes n’échangeront pour rien au monde celles de Grarem, mais depuis la création, dans les années 1990, de l’évitement de la ville, les restaurateurs ont baissé rideau l’un après l’autre, pour ensuite aller tenter leur chance dans un mouchoir de poche en investissant la route surplombant le hammam Beni Haroun.
L’économie de la ville, désormais bel et bien enclavée, a pris un coup fatal. Passées les années rouges du terrorisme, qui n’ont pas épargné les enfants de la région, Grarem s’est retrouvée à genoux, écrasée par un taux de chômage insoutenable, triplé par l’exode des populations rurales fuyant les hordes terroristes qui ont sévi dans le maquis du sud-est jijelien.
Ce constat alarmant est tiré d’un article de Nouri Nesrouche paru dans le quotidien El Watan du 13/11/2007 sous le titre « Grarem Gouga (Mila). Une agglomération en quête d’identité ». Mais depuis, la situation s’est nettement améliorée. Grarem a subi un relookage certain en matière de construction et d’aménagement et la fumée des méchouas s’élève à nouveau à tous les coins de rue, malgré le prix de la brochette qui augmente tout le temps (actuellement à 25 dinars), les amateurs ne manquent pas et les petits restaurants foisonnent. On en compte actuellement plus de 50. Mais il n’y a pas que du menu fretin, du côté de Guerguera qui s’est retrouvée en première loge sur la sortie vers Constantine, depuis le dédoublement de la route, le restaurant « le Dubaï » géré par le chef cuisinier Salah Nemouchi ne désemplit pas, grâce à son fameux rôti d’agneau précédé d’un potage légume bien onctueux. Le bouche-à-oreille aidant, il s’est fait une clientèle qui vient régulièrement, même du chef lieu de la wilaya. Ainsi Grarem, doucement mais sûrement, retrouve son renom en matière de spécialité de brochettes et compte bien le garder pour longtemps encore. Si seulement des initiatives locales sont prises un tant soit peu, ce créneau serait exploité pour en faire un atout majeur à la ville. Après tout il y’a bien, pas loin de nous, des fêtes pour le couscous, les tartes aux fraises et autres, pourquoi n'en ferait-on pas une pour la brochette de Grarem?