FEMMES COMBATTANTES

Publié le par el hiya

   Les chemins de 

 Meriem Bouattoura 

Un titre rouge-sang barre la « une » de « Le dépêche de Constantine », ce 9 juin 1960 : « Hamlaoui Abattu ». On y apprend que dans la nuit du 8 juin, « sur information », le bouclage de toutes les issues des rues Cahoreaux-Colbert est opéré par l’armée française. Objectif : Hamlaoui. 

« Tout, dans les parages et sur les lieux, retrace la violente bataille livrée. Des pans entiers du mur ont cédé sous les explosions », signale encore le journal. Bilan : « deux morts parmi les assiégés : le célèbre Daoudi Slimene, plus connu sous le pseudonyme de Hamlaoui et une femme, sa campagne probablement, Bouattoura Meriem, surnommée Yasmina.

                  Le chemin de Constantine

Témoignage de Bachir Bourghoud « il était environ cinq heures du matin quand Hamlaoui est venu me réveiller et m’avertir que l’armée nous encerclait. Je suis allé réveiller Meriem, il faisait encore sombre. De nos fenêtres, on voyait le déploiement des soldats. J’ai demandé à Hamlaoui, qui avait une meilleure connaissance des lieux, s’il y avait une issue possible pour sortir, il m’avait répondu que non. Il ne nous restait plus qu’à résister ».

    En novembre 1959, Constantine est érigée en « Mintaqa » de la wilaya 2. A cette « Mintaqa 5 », placée sous la responsabilité de Messaoud Boudjeriou, étaient assignés au plus fort de l’opération « pierres précieuses », lancée par l’armée française contre la wilaya 2 – des objectifs politico-militaires précis : assurer le ravitaillement du maquis, préparer des bases de repli pour le P.C. de la wilaya, gagner au front les secteurs libéraux de l’opinion algérienne et même européenne, pour couper court à l’idée de 3eme force,  encouragée par De Gaulle. C’est à ce titre que des cadres du maquis sont réorientés sur la ville de Constantine.

    Témoignage de Fatima-Zohra Boudjeriou – « J’ai connu Meriem au maquis. Elle s’occupait d’un hôpital dans la mintaqa 3. C’était une fille courageuse et efficace. Elle prenait un soin particulier de ses malades, y compris lors des bombardements. Fin 59, elle m’avait demandé d’intercéder auprès de si Messaoud pour rejoindre la mintaqa 5. Elle souhaitait intégrer les groupes de FIDAYE de Constantine ».

   Meriem Bouattoura fait part au commandant de la mintaqa de son désir de participer, de manière plus directe, à l’action et sa demande est agréée.

    Témoignage de Mme Khadra Belhami Mekkidèche – « Meriem ne cachait pas son désir de participer directement à l’action ».

     Explications de Bachir Bourghoud : « nous avions demandé aussi à ce qu’il y ait des filles avec nous parce que grâce aux filles, les liaisons étaient beaucoup plus simples. Meriem était parmi les filles qui avaient été retenues. C’est ainsi qu’elle a rejoint Constantine. C’était au début de l’année 60 ».

                  Le chemin du maquis 

   Meriem Bouattoura, selon des témoignages concordants, rejoint le maquis en décembre 1956. Elle a alors dix-huit ans. Etait-elle encore au lycée ou avait-elle raté son bac ? issue d’une famille aisée – son père, commerçant possède une boutique d’articles de confection – elle passait alors pour une « occidentalisée ».

     Dans l’organisation de l’ALN, Sétif se trouvait à l’intersection de trois wilayas.

      Témoignage de Mme Khadra Belhami Mekkidèche. « Meriem est montée au maquis à la même période que Massika Benziza, Aicha Guenifi et Yamina Cherrad. Pour rejoindre la wilaya 2, le paysage se faisait par la ferme Dilmin, à Tachouda du coté de El- Eulma. C’est le chemin que nous avions emprunté, Kheira Zerrouki, Zoubeida Zerrouki, Malika Kharchi et moi-même ».

     Les jeunes recrues, susceptibles de renforcer le secteur sanitaire de l’ALN, étaient, en wilaya 2, orientées sur Oued-zhor. La formation était assurée sous la direction du Dr Lamine Kheine et de Abdelkader Boucherit. Elle était dispensée à ceux et celles qui avaient un niveau scolaire suffisant. Ces assistantes sociales – Mourchidates -, infirmiers et infirmières, sortis de « Oued-Zhor », étaient par la suite affectés et c’est l’itineraire qui conduira Meriem Bouattoura à l’hôpital de « Khneg-Mayou ».

              Le chemin du « Fidaye ». 

    Sur les trois groupes Constantinois, ceux de Amar Rouag, Bachir Bourghoud et Abdelhamid Kerrouche, Le troisième est vite décimé. Abdelhamid Kerrouche tué. Abdelouahab Benyamina et Malika Hamrouche blessés et capturés, le problème se posait de rétablir le contact entre le groupe Rouag et le groupe Bourghoud.

       Témoignage de Bachir Bourghoud – « J’étais au Hamma. J’ai attendu une vingtaine de jours, avant d’avoir le contact avec Hamlaoui et Meriem et d’intégrer Constantine ».

       Souci de Bachir Bourghoud : renouer les fils avec Amar Rouag, Amar Kikaya et Fadila Saadane.

        Hamlaoui lui fait part d’une décision d’exécution d’un traître, opération à laquelle participe aussi Meriem Bouattoura. « J’ai demandé à Hamlaoui de surseoir à l’action. La priorité des priorités étant de se voir et de réorganiser l’action. Hamlaoui a fait alors valoir que cette action ne pouvait pas me déranger. Reste ici, je vais avec Meriem régler l’affaire et je reviens. J’ai préférer les accompagner ».

      Entre Sidi-Mabrouk – l’hippodrome et la foret d’El-Gammas, le scénario mis en place par Hamlaoui, butte sur l’imprévisible: le traître, effectivement piégé, survécut aux deux balles que deux jeunes fidayines lui avaient tirés dans la tête. Le risque venait de ce qu’il connaissait les noms de ceux qui étaient chargés de son exécution. De cache en refuge, le groupe Bourghoud – Hamlaoui – Bouattoura – Sidi-Mabrouk puis le centre-ville – se résoud à faire passer les deux fidayines au maquis, par mesure de sécurité. Rue caraman, à hauteur de la celebre pâtisserie « Le poussin bleu », Hamlaoui, qui conduit la voiture où se trouvait tout le groupe, ralentit et désigne le prochain refuge vers lequel ils devaient se replier. « C’est là que nous allons revenir ». Au premier étage d’une maison, au carrefour de la rue Cahoreaux et la rue Colbert. C’est cette indication qui devait s’avérer fatale.

             La mort de Meriem 

      L’assaut est féroce, Mohamed Kechoud et Meriem Bouattoura disposent de grenades et de pistolets automatiques. Hamlaoui et Bourghoud de mitraillettes. Deux tentatives de sortie échouent, Meriem est chargée de brûler tous les papiers et biens personnels du groupe.

      Témoignage de Bachir Bourghoud – « ils ont lancé trois bombes lacrymogènes, nos yeux étaient en larmes, Meriem nous avait confectionné des chiffons mouillés pour nous protéger. Ensuite, ils ont balancé les obus. La première touchée par les éclats fut Meriem. Quand j’ai entendu son cri, je me suis dirigé vers elle, elle avait la jambe sectionnée et perdait beaucoup de sang. Je lui ai fait un garrot de fortune avec mon chiffon, elle m’a demandé de l’achever. Hamlaoui fut touché à la poitrine. Et, moi-même j’avais reçu des éclats dans la tête avant de perdre conscience. Au réveil, nous étions à la cité Ameziane. J’entendais Hamlaoui, il était encore en vie.Meriem était étendue, elle était morte ».

       Est-elle arrivée vivante à la cité Ameziane ? Témoignage de Mme Fatima Zohra Boudjeriou : « En dépit de son état grave, les détenus qui étaient alors à la cité Ameziane l’ont entendue crier « vive l’Algérie libre et indépendante, à bas le colonialisme ». On lui a fait une piqûre pour l’achever ».

      Mériem avait, dit-on, maintes fois exprimé le désir de « mourir à Constantine », elle qui portait la jeunesse, le charme, mais aussi la détermination comme Massika Benziza, Salima Mehazem, Rouquiya Ghimouze, Meriem et Fadila Saâdane ou Mebarka Loucif.

                                                  Chafik BENHACENE

       (in revolution africaine N° 1358 du 9 au 15/3/1990)

Publié dans HISTOIRE DE GRAREM

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LE PROFESSEUR OCCULTIS 04/04/2009 23:02

Avec un site de la région comme Grarem 43
Je ne sait pas pourquoi les Graremiens refusent-ils de commenter quand il s'agit d'un sujet historique de haut niveau, et qui parle d'une femme de grande qualité comme Mérièm Bouattoura qui est aussi de la région, pourtant y'en a beaucoup qui prétendent ètre anciens combattants za3ma ( ou ce n'est que hellant el fam, ennehbou wessektou, beyen sarbou 3la karbou)