LA SANTE A GRAREM, C'EST BIEN MIEUX QUE SI C'ETAIT PIRE!

Publié le par el hiya

            La santé à Grarem se limitait en 1962 à une petite salle de soins qui couvrait tout le territoire de la commune. Pour voir le médecin, il fallait partir de bonheur à Mila chez le docteur Benkara et subir les virages en épingles à cheveux des Tyayba, ou à Constantine chez le docteur Clémenti. Pour acheter les médicaments il fallait d’ailleurs le faire sur place, parce qu’à Grarem il n’y avait aucune pharmacie. Pour les chirurgiens dentiste, on n’y pensait même pas, c’est un luxe que la plupart ne pouvait pas se permettre. En cas de rage de dent persistante, il fallait patienter jusqu’au jeudi, jour de marché hebdomadaire, pour se la faire enlever par un arracheur de dents forain. Il y’avait même une femme dans le lot, qui pour bien montrer sa fonction, exposait une collection de dent sur une petite table. Sûrement  les restes de ses exploits précédents. D’autres guérisseurs à force d’explications s’ingéniaient aussi à démontrer les bienfaits de toutes sortes d’herbes ou de mélanges liquides contenus dans des petites fioles à l’aspect pas très rassurant. Pour illustrer leur savoir, ils exposaient quant à eux des gravures représentant le corps humain et l’appareil digestif comme on en voit dans les livres de sciences naturelles de l’époque. Une autre pratique dont El Djebli était le spécialiste consistait à se faire raser la nuque, légèrement entailler à l’aide d’un rasoir et poser une ventouse ou deux dessus, après y avoir mis un bout de papier journal allumé. J’ignore les vertus thérapeutiques de cette opération, mais les gens, après ça, repartaient apparemment soulagés. Mais la chose qui me laisse perplexe aujourd’hui, c’est l’accouchement de nos honorables et adorables mères qui se faisait presque à 100% à la maison. Contrairement à ce qu’on voit maintenant où l’hôpital est inévitable. Il est vrai qu’il y’avait aussi un autre type de personnage qui intervenait et qu’on appelait El gabla, généralement une vieille femme fort expérimentée et qu’on trouvait dans toutes les mechtas et les villages. Et pour terminer avec les soins traditionnels, ça serait impardonnable pour moi d’oublier Lem3alam Ettahar (ceux qui me connaissent vous le diront)  ce personnage fort sympathique qui a rendu beaucoup de service à plusieurs générations, dont la notre, se déplaçait chez les gens pour pratiquer la circoncision des enfants. Il était toujours reçu par des youyous et des crêpes. Métier fort agréable en soi, aujourd’hui disparu.

              Maintenant, fort heureusement, les choses ont changé en mieux. Des structures de santé ont été réalisées, comme par exemple, la polyclinique avec maternité route de Hamala en 1982, le centre de santé prés de l’ancienne infirmerie du centre-ville, des salles de soins au niveau de  Anouche Ali (ex Siliana), Oued ouarzag, Ain Thour, Safsafa (Ain Kerma) et Draa Babouche. Des cabinets de médecins et de chirurgiens dentistes ainsi que des officines pharmaceutiques ont ouverts à travers la ville et assurent une couverture suffisante. Les patients n’ont plus que l’embarras du choix.

               Il reste fort à faire il est vrai, notamment la réalisation d’un hôpital, la réhabilitation des anciennes structures et leur équipement, en plus de l’ambulance flambant neuve qui vient d’être acquise à la polyclinique tout récemment.

               En tout cas la dernière fois où j’ai été chez un médecin, voici ci-dessous ma réponse à sa question : Qu’est-ce qui ne va pas ?

Ecoutez docteur

J'ai la rate
Qui se dilate
J'ai le foie
Qui n’est pas droit
J'ai le ventre
Qui se rentre
J'ai le pylore
Qui se colore
J'ai le gosier
Anémié
L'estomac
Bien trop bas
Et les côtes
Bien trop hautes
J'ai les hanches
Qui se démanchent
L'épigastre
Qui s'encastre
L'abdomen
Qui se démène
J'ai le thorax
Qui se désaxe
La poitrine
Qui se débine
Les épaules
Qui se frôlent
J'ai les reins
Bien trop fins
Les boyaux
Bien trop gros
J'ai le sternum
Qui se dégomme
Et le sacrum
C'est tout comme
J'ai le nombril
Tout en vrille
Et le coccyx
Qui se dévisse
J'ai les genoux
Qui sont mous
J'ai le fémur
Qui est trop dur
J'ai les cuisses
Qui se raidissent
Les guiboles
Qui flageolent
J'ai les chevilles
Qui se tortillent
Les rotules
Qui ondulent
Les tibias
Raplapla
Les mollets
Trop épais
Les orteils
Pas pareils
J'ai le cœur
En largeur
Les poumons
Tout en long
L'occiput
Qui chahute
J'ai les coudes
Qui se dessoudent
J'ai les seins
Sous le bassin
Et le bassin
Qu'est pas sain
La luette
Trop fluette
L'oesophage
Qui surnage
Les gencives
Qui dérivent
J'ai le palais
Qui n'est pas laid
Mais les dents
C'est navrant
J'ai les petites
Qui s'irritent
Et les grosses
Qui se déchaussent
Les canines
Se ratatinent
Les molaires
Se font la paire
Dans les yeux
C'est pas mieux
J'ai le droit
Qu'est pas droit
Et le gauche
Qui est bien moche
J'ai les cils
Qui se défilent
Les sourcils
Qui s'épilent
J'ai le menton
Qui est trop long
Les artères
Trop pépères
J'ai le nez
Tout bouché
Et du coup
Voyez-vous
J'suis gêné
Pour parler
C'est vexant
Car maintenant
Je suis forcé

De m’arrêter

Publié dans GENERALITES SUR GRAREM

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Commenter cet article

chérif 06/11/2008 21:22

Ya cheikh Rabah tu parlé de Khadoura,Akila  et tu as oublié l'autre infirmiere Eddaikha ,je me rappelle d'elle comme si c'était hier.

nedjar 27/07/2008 23:23

pour chaque generation de graremien il y a un bon vieux temps
meme ceux qui se font circonsiser par docteur boudjemaa   .n ont pas oublier ami ahmed .lamaalam .ni amti fatima la grande mère du village

El Hiya 13/07/2008 23:10

Effectivement ya cheikh Rabah, les premières blouses blanches qu’on a eu à connaître au début des années 60, c’étaient bien Akila et Khaddoura, Allah yarhamhoum. D’ailleurs j’en ai eu à en parler au moment du décés de Khaddoura, en présentant mes condoléances dans l’un de mes premiers articles. Quant à Akila, je me souviens d’elle comme dans un rêve, comme on dit. Elle était infirmière dans le maquis durant la guerre de libération, elle passait souvent par chez nous et durant les premières heures de l’indépendance, elle faisait partie d’un groupe de femmes qui organisaient des rencontres avec les femmes rurales pour les sensibiliser. Sur quoi ? Me direz-vous. Hé bien sur les bienfaits de l’indépendance peut-être.

b_rabah 13/07/2008 20:00

je m'en veux d'avoir presque oublié de parler d'el djebli qui a elu domicile juste au coin de la kasma fln(de l'epoque) et qui a officié lontemps en maitre incontesté d'une pratique therapeutique dont seul lui avait le secret (cette pose de ventouses sur la nuque afin d'extraire le "mauvais"sang dit-on à l'epoque)

b_rabah 13/07/2008 19:52

on ne peux pas parler de santé de 1962 à nos jours à grarem ,sans avoir une pensée pour khaddoura (ammi lakhdar)  et akila ,cette derniere est  morte tres jeune il ya longtemps  et ammi lakhdar dernierement, que dieu ai leurs âmes.ces deux infirmiers ont rendus d'enormes services à la population el wakt hadak,je pense que tu te souviens ya si elhaya des grands attroupements qui se formaient devant la porte de "l'AMG" en attendant l'heure d'ouverture, un monde fou se bousculait pour entrer juste pour ..... "lebraouat" 
une autre pensée pour lamallam bouchachia qui pratiquait la circoncision avec une  dexterité digne d'un grand professionnel
a+,au fait j'ai entamé la lecture de "la confrerie des eveillés" on en discutera sûrement.