AU NOM DU PERE, DU FILS ET DU SIMPLE D'ESPRIT

Publié le par el hiya

Bon sang ne saurait mentir, en arabe l’équivalent pourrait être : « kheyrou khalaf li kheyrou salaf ». C’est une locution proverbiale qui veut à peu prés dire que les qualités des parents se retrouvent chez les enfants. Sommes-nous vraiment les dignes fils de nos pères ? Reconnaissons-nous vraiment les sacrifices et les efforts qu’ils ont du consentir pour qu’on soit là aujourd’hui à profiter de toute cette technologie ? Souvenez-vous et revenez un peu en arrière ! L’Algérie était alors sous domination coloniale, la vie dans le monde rural était rude, la seule façon de survivre était liée au travail de la terre, avec des moyens traditionnels qui remontent à la nuit des temps. Le labour se faisait à l’aide d’animaux de trait. On appelait cela « EL DJABDA » qui comprend l’ensemble animaux et attelage et désigne aussi une superficie de terre labourable entre 12 et 17 hectares. Les grandes exploitations étaient la plupart du temps, pour ne pas dire toujours, détenues par les colons. Mais les algériens en possédaient aussi. Le type de contrat dominant dans la région de Grarem était « EL KH’MASSA ». Des labours au battage du blé, c’était le travail permanent dans des conditions extrêmes, pour avoir à la fin le 1/5eme du produit de la récolte. Ce qui parfois suffisait à peine au remboursement des avances. En hiver c’est le froid intense où il fallait se lever à l’aube et partir au travail, en portant des habits, le plus souvent, usés jusqu’à la corde et chaussé d’une « GUA3A »que les moins de 50 ans ne connaissent pas. Les conditions d’habitat étaient rudimentaires, c’était des gourbis disséminés dans des mechtas aux alentours des centres de colonisations où il y’avait un peu plus de commodités, comme l’eau courante et l’électricité. Notre alimentation était assurée à partir du stock de la récolte précédente. Heureusement que nos mères étaient rompues au travail de préparation de la nourriture. Et lorsque je dis préparation, je sais de quoi je parle. Je veux dire que le blé est retiré du « MATMOUR » ou « GUABOUCHA » le jour même, il est passé à la meule « M’TAHNA » et aux différents tamis « SIAR » et « GHERBAL » et à midi on est entrain de manger de la galette bien chaude avec du « L’BEN » et du beurre frais de vache bien nourrissant. Le soir c’est pareil pour le couscous. Bien sûr nos chères mères s’ingéniaient à varier tout le temps les plats, rien qu’avec les produits du terroir. J’ai d’ailleurs cité quelques-uns de ces plats dans l’un des premiers articles de ce blog que j’avais intitulé « Ce qu’on mange à Grarem à cette époque de l’année ». Le costume traditionnel était de rigueur chez le père. Gandoura, cheich, seroual boudelioua, jlika avec des accessoires comme la tabatière pour tabac à priser formée d’une corne de bœuf appelé « GUARNE », d’une montre de poche accrochée par une chaîne à la boutonnière du gilet et enfouie dans l’une de ses poches, d’une bourse en tissu dont la fente se resserre à l’aide d’un fil, pour les pièces de monnaie ainsi que d’un portefeuille muni de papier hygiénique, de fil et d’aiguille le plus souvent et d’un couteau pliable N° 66. La prière était pratiquée régulièrement chez nos parents, ce qui leur donnait une sérénité et une grandeur d’âme sans égales

et nous donnait, à nous enfants, un apaisement et une confiance toute rassérénée. Voir nos parents quotidiennement dans des attitudes de dévotion et de prière, nous amenait à croire instinctivement en quelque chose de grand et puissant qui veillait sur nous.

                Au printemps c’est presque la récréation, la nature devient plus clémente, avec le soleil si doux, le paysage qui se recouvre d’un joli manteau de verdure et le ciel tout bleu. Le temps est à l’optimisme et à la convivialité. Ce qui pousse les gens à se lâcher un petit peu et à pratiquer des jeux de sociétés de toutes sortes. La préparation des « brajes » se sent dans toutes les maisons et on en consomme jusqu’à l’overdose. C’est le plat typique de la saison avec le  « r’fiss bel foul ». C’est le temps du « mermez » et du « frik » aussi, que l’on préparait pour le consommer sur le champ par pleine poignée. La chorba frik alors, connais pas. « W’yatba3 errabi3 siffo » a dit Farid El Atrache. Effectivement après le printemps c’est l’été et son lot de besognes. C’est l’aboutissement du travail de toute l’année, la moisson est là et il faut en tirer les dividendes. Avec la chaleur c’est assez dur, mais tout le monde y va avec détermination. La « T’bainta » bien serrée, la « M’dalla » par-dessus le « cheich » sur la tête et la faucille (Mendjel) à la main, le fellah doit assurer, même par temps caniculaire. Tout se faisait manuellement : couper, nouer et jeter derrière soi. Le tout avec une dextérité extraordinaire. Après ça sera l’assemblage, des poignées nouées, des épis de blé ou d’orge pour en faire des tas répartis à travers le champ, qui seront eux-mêmes transportés à dos de mulets, dans des filets (chebka) savamment serrées, jusqu’à l’aire de battage.

 

                                                      A suivre     

 

 

Publié dans GENERALITES SUR GRAREM

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El Hiya 24/11/2008 06:56

C'est exact Cherif, de notre côté on dit surtout "EN'NADER" ou encore "EL HALLA". Le piquet planté au centre autour duquel tournent les chevaux s'appele "EL MARNOUNA'. L'action de battage du produit de la moisson c'est "ED'RASS". D'où le dicton: "KAOUAT EL HAFER LED'RASS". Bonne journée.

chérif 23/11/2008 20:49

Salut  El-Hiya ,je te rajoute une chose,l'aire de battage comme tu viens de le citer s'appelle "ETTERHA" comme dit le dicton " menetterha lerreha" c'est à dire de la place de battage au moulin.

El Hiya 18/11/2008 21:43

J'allais y venir à la "T'BAINTA" mon cher cherif, mais tu m'as pris de court. Maintenant c'est chose faite. Dans le prochain épisode, tu trouveras d'autres termes en voie de disparition. Mais au fait tonton, pourquoi tu ne tousses plus!

chérif 15/11/2008 22:18

Salut El-Hiya! tu as parlé des habits de l'ancien fellah et tu as oublié de citer " ET BANETA " la blouse et "ECHERIT" pour serrer le pentalon à la place de la ceinture "EL ARRAKIA" la calotte ,pour El Djabeda on l'appelle aussi " LEFRADH" les boeufs.
à suivre